Comment utiliser les systèmes de classification à l’ère de l’interopérabilité ?

Des efforts communs en matière de numérisation ont commencé à voir le jour concernant l’utilisation des propriétés, en particulier dans la logique des systèmes de classification. C’est pourquoi, il est important d’examiner certaines notions qui démystifieront l’utilisation des « propriétés » dans ces systèmes de classification et leurs relations avec les  travaux de normalisation en cours discuté ci-dessus afin d’harmoniser ces deux approches.

L’objectif fondamental d’un système de classification est de permettre à quiconque d’apposer une étiquette sur un objet  afin de savoir de quoi il s’agit et comment le stocker. Ensuite, être capable de trouver ce même objet en utilisant cette étiquette et de le transmettre à une autre personne qui comprendrait également de quoi il s’agit et ce qu’il faut faire.

Définition

La norme ISO 22274 définit un système de classification comme « un ensemble systématique de classes organisées selon un ensemble de règles connu et dans lesquelles des objets peuvent être regroupés ». En termes simples, un système de classification est un moyen de regrouper des objets en fonction de leurs caractéristiques communes.

Historiquement, les systèmes de classification liés au secteur de la construction ont été développés principalement pour répondre au besoin d’organiser les données relatives à des documents spécifiques tels que les spécifications, les estimations de coûts, les manuels de gestion des installations, etc., servant de base pour prendre des décisions éclairées en distinguant les objets en fonction d’un contexte spécifique.

Les raisons pour collecter certaines données liées aux objets de construction sont variées. Il est donc d’abord nécessaire de définir l’objectif du système de classification, puis de définir l’ensemble des caractéristiques qui seront utilisées pour identifier les classes internes, le plus souvent, au sein d’une structure hiérarchique. OmniClass a, par exemple, défini une classe générique « 23 -17 13 00 Fenêtre » et, sur base de la propriété « matériau », le système a également spécifié des sous-classes en combinant propriété et valeurs possibles, par exemple, « 23 -17 13 13 Fenêtres métalliques », « 23 -17 13 15 Fenêtres en bois ».

Les systèmes de classification sont, récemment, également devenus parties intégrantes des « systèmes d’identification » qui sont utilisés pour traiter les données de construction de manière exhaustive.

En plus de regrouper des concepts similaires, c’est-à-dire classifier des objets, la combinaison d’un système de classification, d’un système numérique et/ou d’un système de désignation de référence permet aux utilisateurs de regrouper des objets en fonction de caractéristiques similaires et d’identifier leurs occurrences.

En associant classification et identification, les utilisateurs sont en mesure de gérer la complexité des données et la documentation d’un projet, indépendamment du pourquoi et du comment un objet serait utilisé.

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Caractéristiques d’un objet de construction ou « propriétés » dans les systèmes de classification

En raison du besoin croissant de structurer l’information non seulement par rapport à des sujets qui font partie de relations ou d’un certain type de relations, mais aussi par rapport aux caractéristiques ou aux propriétés d’un objet, le secteur a commencé à développer un nouveau système de classification. Ces systèmes de classification tendent à ajouter un niveau d’information « propriété ». Cette approche étant relativement nouvelle, il existe actuellement de nombreux systèmes de classification différents.

Systèmes de classification à l’ère de l’interopérabilité

De nombreux systèmes de classification comprennent des propriétés respectant les normes décrites selon l’ISO 12006-2. Cependant, ils combinent également ces normes avec des normes nationales basées sur les spécificités culturelles, technologiques, juridiques et autres. Comme ces normes ne comprennent pas des directives spécifiques décrivant l’utilisation des propriétés, il est possible d’interpréter ces propriétés décrites dans divers systèmes de classification de manière différente. Les systèmes de classification étant très utiles et axés sur des objectifs, ils sont largement utilisés par les acteurs du secteur. Cependant, en raison des spécificités évoquées ci-dessus, les données contenues dans les systèmes de classification pourraient être difficiles à utiliser dans un avenir où l’interopérabilité sera primordiale.

Nous pouvons également constater un certain nombre de difficultés concernant le mapping des données de différentes classifications. En effet, il existe une variété de systèmes de classification sur le marché actuel. Ils sont tous structurés de différentes manières en fonction du domaine spécifique qu’ils couvrent, des cadres juridiques nationaux, des exigences culturelles et technologiques, et de bien d’autres facteurs. C’est pourquoi mapper deux systèmes de classification ou plus peut s’avérer être une tâche très difficile. Certains mappings seront un à plusieurs, plusieurs à un, plusieurs à aucun, etc.

C’est pourquoi il est nécessaire d’arriver à une définition commune d’un certain terme, comme par exemple, le terme  « porte », de savoir quelles sont les propriétés de  cette « porte » et de connaître les origines de ces propriétés afin d’encourager l’utilisation des classifications à notre ère qui se veut numérique. C’est pour cette raison que les travaux de normalisation de l’UE et de la communauté internationale mentionnés ci-dessus sont utiles.

Comment les systèmes de classification sont-ils liés au CEN/TC 442 et aux modèles de données produit (PDT) ?

Peu importe si les systèmes de classification possèdent des propriétés ou non, et quel que soit leur but, ils ont besoin d’une source crédible solide qui permettra de mapper ces systèmes entre eux. Un tel « noyau » stable est un « système conceptuel » bien défini. Un « système conceptuel » n’est pas un ensemble arbitraire de termes, mais un ensemble cohérent de concepts basés sur les relations établies entre eux et desources crédibles fournissant des connaissances traçables liées à un domaine spécifique (ISO 704).

Fournir un tel système conceptuel est l’objectif principal des dictionnaires de données de support CEN/TC 442 WG4 et des nouvelles normes proposées pour les modèles de données dans un cadre de dictionnaire de données suivant des processus stricts afin de définir ces propriétés qui sont approuvées par des experts du domaine. Les modèles de données sont des systèmes conceptuels bien définis, libres de toute limitation en termes de domaine d’application, fournissant des informations données par des experts et déjà existantes dans les normes. Voici quelques normes dont il faut tenir compte.

prEN ISO 23386 (WI = 00442007) : BIM et autres processus numériques utilisés dans le secteur de la construction – Méthodologie pour décrire, créer et gérer les propriétés dans des dictionnaires interconnectés.

Cette norme fournit une méthodologie pour définir et gérer les caractéristiques des objets de construction à usage numérique. Le principe est de relier chaque caractéristique (appelée « propriété » dans le monde numérique) à des attributs tels que la définition dérivée d’une norme de référence dans un contexte local particulier. Ce processus crée un système rigoureux de validation de tous les contenus numériques et définit comment les « propriétés » et les « groupes de propriétés » doivent être définis par les experts dans un dictionnaire de données, ainsi que la manière dont ce contenu doit être mappé à d’autres dictionnaires de données. L’objectif est de permettre un échange d’informations de qualité entre les acteurs du secteur dans le cadre d’usages multiples tels que le modèle numérique, le commerce international et la maintenance.

prEN ISO 23387 (WI = 00442010): Modèles de données pour les objets de construction utilisés lors de la création, de la conception, de la production, de l’exploitation et de la démolition d’installations.

Partie 1 : concepts définissant la structure générale des modèles de données.

Définit la structure générale qui peut être utilisée pour décrire numériquement tout objet de construction dans les travaux de construction et les services de construction. Cette structure est appelée modèle de données et doit être basée sur les concepts et les relations entre les concepts issus d’un dictionnaire de données. Un modèle de données est un ensemble de propriétés standard rassemblées par groupes de propriétés, pouvant être associées à des sources crédibles telles que, par exemple, les normes harmonisées du CPR et toute autre norme européenne définissant les caractéristiques d’un objet de construction.

Le BIM est un processus collaboratif basé sur des sources crédibles et des processus standardisés qui informent les systèmes de classification. Sans un système conceptuel  approprié et solide, la communication et l’utilisation de données seraient difficiles.

Nouveaux horizons

Afin de surmonter ces problèmes, il est nécessaire d’instaurer un dialogue entre les experts en normalisation impliqués dans le CEN TC/442 et les organisations créant des systèmes de classification. D’une part, la communauté des classifications peut réellement aider l’industrie en établissant un dialogue continu avec les décideurs de haut niveau afin de mettre en évidence les répercussions, les avantages et les implications de la normalisation sur leur travail. D’autre part, les experts en normalisation peuvent tirer parti de ces classifications dans leur domaine d’activité. L’association de ces classifications et d’un cadre normalisé pourrait fournir une approche commune et évolutive qui pourrait être utilisée par l’industrie et le gouvernement d’une manière compatible avec leurs processus et leurs approches opérationnels déjà existants.